J'ai des fibromes : est-ce que l'igname peut les faire grossir à cause des œstrogènes ?
Rédigé par Juliana Dosy, M.Sc., maître en nutrition · Mis à jour le
« Juliana, j'ai des fibromes et quelqu'un m'a conseillé d'arrêter l'igname parce qu'elle contiendrait des substances qui augmentent les œstrogènes et feraient grossir mes fibromes. J'en mange depuis toujours et ça m'inquiète. Devrais-je vraiment l'éviter ? »

Réponse courte
Non. Les données scientifiques actuelles ne justifient pas d'interdire l'igname aux femmes qui ont des fibromes.
Qu'est-ce que l'igname, au juste ?
Il existe beaucoup de confusion autour de l'igname, des hormones et d'un composé végétal appelé diosgénine — une substance naturellement présente dans certaines espèces d'igname, dont la structure chimique ressemble à celle de certaines hormones. C'est d'ailleurs pour cette ressemblance qu'elle intéresse depuis longtemps les chercheurs et l'industrie pharmaceutique. Mais « l'igname contient un composé qui ressemble chimiquement à certaines hormones » et « manger de l'igname augmente les œstrogènes et fait grossir les fibromes » sont deux affirmations complètement différentes. À ce jour, aucune étude clinique ne démontre que manger de l'igname provoque l'apparition des fibromes ou accélère leur croissance — et aucune ne montre non plus qu'elle les fait rétrécir. Avant d'éliminer un aliment traditionnel aussi important, cette distinction mérite d'être comprise.
On confond parfois l'igname avec la patate douce, mais ce sont deux aliments différents. Les véritables ignames appartiennent au genre botanique Dioscorea, dont il existe plusieurs centaines d'espèces, particulièrement consommées en Afrique, dans les Caraïbes, en Asie et dans d'autres régions tropicales. Selon la variété, sa chair peut être blanche, jaune ou violacée, et elle se prépare bouillie, pilée, cuite au four, frite ou transformée en farine.
Sur le plan nutritionnel, l'igname est avant tout un féculent riche en amidon, au même titre que le riz, la pomme de terre, le manioc ou le plantain. Elle apporte aussi des fibres, du potassium et différents composés végétaux dont la quantité varie selon l'espèce — et certaines espèces contiennent justement de la diosgénine. C'est probablement là que commence la confusion entre igname, œstrogènes et fibromes.
Pourquoi associe-t-on l'igname aux hormones ?
La diosgénine appartient à une famille de composés végétaux appelés saponines stéroïdiennes. Le terme peut sembler inquiétant, mais il ne veut pas dire que l'igname contient des hormones comme celles produites par notre corps — simplement que sa structure chimique présente certaines ressemblances avec celle des hormones stéroïdiennes. La diosgénine a d'ailleurs servi de matière première à l'industrie pharmaceutique pour fabriquer certaines hormones en laboratoire.
Et c'est ici que la distinction devient essentielle : notre corps n'est pas une usine pharmaceutique. Transformer la diosgénine en hormones exige plusieurs réactions chimiques réalisées industriellement. Le simple fait de manger de l'igname ne signifie donc pas que notre organisme convertit automatiquement sa diosgénine en œstrogènes. Manger de l'igname n'équivaut pas à prendre des œstrogènes.
Et cette étude qui aurait montré une hausse des hormones ?
Oui, elle existe, et elle mérite d'être expliquée parce qu'elle est facilement mal interprétée. Une petite étude publiée en 2005 a demandé à 24 femmes ménopausées en bonne santé de remplacer une grande partie de leurs féculents habituels par environ 390 g d'igname par jour pendant 30 jours ; 22 ont terminé l'étude. Après cette période, les chercheurs ont observé une hausse de l'estrone et une hausse presque significative de l'estradiol — deux formes d'œstrogènes — ainsi qu'une augmentation de la SHBG, une protéine du foie qui transporte les hormones sexuelles dans le sang et détermine quelle proportion circule sous forme active (Wu et al., J Am Coll Nutr, 2005).
On pourrait lire ça et conclure : « voilà, l'igname augmente les œstrogènes, donc elle fait grossir les fibromes. » Mais c'est aller bien au-delà de ce que l'étude permet réellement de dire. Elle comporte des limites importantes : un tout petit échantillon (24 puis 22 femmes), des participantes ménopausées en bonne santé — pas des femmes atteintes de fibromes —, une quantité très élevée d'igname consommée quotidiennement, et surtout, les chercheurs n'ont jamais mesuré les fibromes eux-mêmes. Ni leur apparition, ni leur taille, ni leur croissance. L'étude montre qu'une consommation importante d'une espèce précise d'igname (Dioscorea alata) a été associée à des changements hormonaux chez un petit groupe de femmes ménopausées. Elle ne démontre pas que manger de l'igname fait grossir les fibromes.
Pourquoi les œstrogènes nous intéressent quand on parle de fibromes
Les fibromes sont des tumeurs bénignes hormonodépendantes : une croissance cellulaire non cancéreuse dont certaines hormones, notamment les œstrogènes et la progestérone, peuvent influencer la croissance. C'est vrai, et c'est important. Mais ça ne veut pas dire que chaque aliment susceptible d'influencer, même légèrement, le fonctionnement hormonal doit automatiquement disparaître de l'assiette. Le développement des fibromes est beaucoup plus complexe qu'un seul aliment — hormones, génétique, âge, environnement, poids corporel et probablement certains facteurs liés au mode de vie interagissent tous ensemble.
Ce que la science dit réellement sur l'alimentation et les fibromes en 2026
Une importante revue publiée en 2025 a analysé les connaissances sur la nutrition et les fibromes ; ses auteurs concluent que certains facteurs alimentaires pourraient être associés au risque ou à l'évolution des fibromes, mais que les données actuelles ne permettent pas encore de transformer un aliment en traitement établi (Martire et al., J Clin Med, 2025). Une nouvelle revue publiée en mars 2026 s'est intéressée non pas à des aliments isolés mais aux habitudes alimentaires globales — la façon dont on mange dans son ensemble au fil des années, plutôt qu'un seul repas ou un seul ingrédient (Fresco et al., npj Women's Health, 2026). Ses données suggèrent que des habitudes alimentaires de meilleure qualité pourraient être associées à une meilleure santé gynécologique, alors que les régimes de moins bonne qualité et riches en ultra-transformés pourraient être associés à davantage de problèmes — mais les auteurs soulignent eux-mêmes les limites importantes de ce qu'on sait encore.
Autrement dit : nous commençons à comprendre les liens possibles entre alimentation et fibromes, mais nous sommes loin de pouvoir dresser une liste scientifique d'aliments qui « nourrissent », « assèchent » ou « détruisent » les fibromes.
Et l'igname dans tout ça ?
À ce jour, aucune preuve clinique ne démontre que la consommation habituelle d'igname provoque les fibromes ou accélère leur croissance. Il n'y a donc pas de raison scientifique de l'interdire systématiquement. Mais je veux être tout aussi prudente dans l'autre sens : l'igname n'est pas non plus un traitement contre les fibromes. On trouve parfois en ligne des affirmations voulant que certains aliments « équilibrent les hormones », « nettoient l'utérus » ou « assèchent » les fibromes — les données actuelles ne permettent pas d'attribuer ces pouvoirs à l'igname. Un aliment peut contribuer à une alimentation favorable sans devenir un médicament.
Une nuance mérite aussi d'être soulignée : manger de l'igname comme aliment et prendre un extrait ou un supplément concentré ne sont pas la même chose. Un extrait concentre certains composés dans des proportions très différentes de celles d'une portion normale, et les différentes espèces d'igname n'ont pas nécessairement la même composition. Les résultats obtenus sur un extrait ou une espèce précise ne s'appliquent donc pas automatiquement à toutes les ignames qu'on mange au quotidien.
Mon conseil pratique
Si l'igname fait partie de votre alimentation familiale et que vous l'aimez, vous n'avez pas besoin de l'éliminer parce que vous avez des fibromes. Considérez-la simplement comme votre portion de féculent, dans une assiette équilibrée — la moitié en légumes, un quart en igname, un quart en protéines. Imaginez de l'igname bouillie, du poisson ou du poulet, et une généreuse portion de légumes colorés. Bouillie, cuite au four ou intégrée à un plat maison, l'igname trouve sa place dans une alimentation équilibrée. Ce qui compte davantage que de diaboliser un aliment isolé, c'est ce que vous mangez jour après jour, repas après repas.
À retenir
Vous avez des fibromes ? Vous n'avez pas à avoir peur de l'igname. À ce jour, nous n'avons pas de preuve qu'elle provoque les fibromes ou accélère leur croissance — et nous n'avons pas non plus de preuve qu'elle les fait disparaître. La relation entre alimentation, hormones et fibromes est bien plus complexe qu'un seul aliment. L'igname peut rester dans votre assiette, dans le cadre d'une alimentation variée et équilibrée — sans lui attribuer le pouvoir de causer les fibromes, mais sans lui attribuer non plus celui de les guérir.
Ce contenu est éducatif et ne remplace pas un avis médical personnalisé. Il est fondé sur une question réelle posée de façon anonyme.
Pour aller plus loin, consultez notre guide complet de l'alimentation pour les fibromes utérins.
Questions fréquentes
L'igname augmente-t-elle les œstrogènes ?
Une petite étude chez des femmes ménopausées a observé des changements de certains marqueurs hormonaux après une consommation quotidienne importante d'une espèce précise d'igname pendant 30 jours. Mais l'étude était petite, ne portait pas sur des femmes atteintes de fibromes et ne mesurait pas leur croissance. Elle ne permet pas de conclure que manger de l'igname fait grossir les fibromes.
Qu'est-ce que la diosgénine dans l'igname ?
La diosgénine est un composé végétal naturellement présent dans certaines espèces d'igname. Elle sert de matière première à l'industrie pharmaceutique pour fabriquer certaines hormones grâce à des transformations chimiques en laboratoire — cela ne signifie pas que notre corps transforme automatiquement la diosgénine de l'igname que nous mangeons en œstrogènes.
Manger de l'igname équivaut-il à prendre des hormones ?
Non. L'igname est un aliment. Même si certaines espèces contiennent des composés dont la structure intéresse les chercheurs pour leurs liens avec les hormones, manger une portion d'igname n'équivaut pas à un traitement hormonal.
L'igname peut-elle faire grossir les fibromes ?
À ce jour, aucune étude clinique ne le démontre. Les données actuelles ne justifient pas d'éliminer systématiquement l'igname parce qu'on a des fibromes.
L'igname peut-elle faire rétrécir ou « assécher » les fibromes ?
Non plus — nous n'avons pas de preuve en ce sens. L'igname est un aliment nutritif qui peut faire partie d'une alimentation équilibrée, mais ce n'est pas un traitement médical contre les fibromes.
Puis-je manger de l'igname chaque semaine si j'ai des fibromes ?
Oui. Il n'existe pas de fréquence particulière à respecter. Variez plutôt vos féculents et regardez l'équilibre de votre alimentation dans son ensemble.
Quels aliments dois-je absolument éviter si j'ai des fibromes ?
Il n'existe pas de liste universelle d'aliments interdits capable d'empêcher les fibromes de grossir. Les recherches actuelles invitent davantage à s'intéresser à la qualité globale de l'alimentation et aux habitudes de vie qu'à bannir arbitrairement un aliment isolé.
Une alimentation adaptée peut-elle faire disparaître mes fibromes ?
Non. Une alimentation équilibrée peut soutenir la santé générale et certains facteurs métaboliques et hormonaux, mais elle ne remplace pas le suivi médical. Des saignements abondants, de la douleur, de l'anémie ou une pression pelvienne importante nécessitent une évaluation médicale.
Références
- Fresco TM, Tussing-Humphreys LM, Kim SJ, et al.. State of the science and research opportunities on dietary patterns in endometriosis and uterine fibroids. npj Women's Health. 2026.
- Martire FG, Costantini E, Ianes I, et al.. Nutrition and uterine fibroids: clinical impact and emerging therapeutic perspectives. Journal of Clinical Medicine. 2025.
- Wójcik M, et al.. The role of nutrition in pathogenesis of uterine fibroids. Literature review on diet, nutrients, and uterine fibroids.
- Wu WH, Liu LY, Chung CJ, Jou HJ, Wang TA.. Estrogenic effect of yam ingestion in healthy postmenopausal women. Journal of the American College of Nutrition. 2005.
À propos de l'auteure
Juliana Dosy, maître en sciences de la nutrition avec plus de 17 ans d'expérience clinique, fondatrice de Club NutriChoix. Elle accompagne les femmes vivant avec des déséquilibres hormonaux — fibromes utérins, endométriose, SOPK — en alliant santé intestinale, équilibre des œstrogènes et alimentation anti-inflammatoire fondée sur la science.
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