Le jeûne intermittent aide-t-il vraiment à perdre du poids ?
Rédigé par Juliana Dosy, M.Sc., maître en nutrition · Mis à jour le
« Juliana, je saute le déjeuner et le dîner depuis deux mois. Je perds un peu, puis je reprends, et le soir je mange tout ce qui me tombe sous la main. Est-ce que je fais quelque chose de mal ? »

Réponse courte
Vous ne faites rien de « mal » — vous vivez exactement ce que la privation provoque. Les versions sévères du jeûne intermittent mènent très souvent à des rages alimentaires le soir, à de la culpabilité, et à un corps qui se met en mode économie. Ce n'est pas une question de volonté : c'est de la physiologie.
Ce qui se passe quand on s'affame toute la journée
J'en ai parlé en ondes à CIBL 101,5 FM et c'est une des questions qui revient le plus souvent en consultation. Quand une personne ne mange rien avant 17 h, l'appétit ne disparaît pas : il s'accumule. Le soir venu, la faim n'est plus un signal, c'est une urgence. On mange vite, beaucoup, et souvent des aliments très caloriques — puis vient la culpabilité, et parfois la décision de « me reprendre demain » en sautant encore des repas.
Ce cycle privation → excès → culpabilité est exactement le terrain sur lequel se développent les troubles des conduites alimentaires. C'est ma première inquiétude, avant même le poids.
L'effet mode survie
Sur le plan métabolique, de longues heures sans apport envoient un message clair au corps : la nourriture est rare. Il s'adapte — on dépense un peu moins, on stocke un peu plus au repas suivant, et l'appétit augmente. Autrement dit, plus la restriction est sévère et prolongée, plus le corps se défend.
C'est pour ça que tant de personnes décrivent la même trajectoire : quelques kilos perdus rapidement, un plateau, puis une reprise. Ce n'est pas un échec personnel, c'est une réponse biologique prévisible.
Ce que je propose à la place
Répartir intelligemment ses apports sur la journée plutôt que de les comprimer dans une fenêtre trop étroite. Trois repas, avec une collation si la journée est longue, suffisent à garder l'appétit sous contrôle et à éviter la crise du soir.
Miser sur des aliments riches en fibres et en eau — légumes, fruits, légumineuses, grains entiers — qui remplissent l'estomac et rassasient longtemps pour peu de calories. Ajouter une source de protéines à chaque repas pour tenir jusqu'au suivant.
Et surtout : arrêter de manger sous surveillance et sous culpabilité. Manger quand on a faim, s'arrêter quand on n'a plus envie. Ça a l'air simple, mais c'est le travail le plus utile que je fais avec mes clientes.
Le jeûne intermittent est-il toujours à proscrire ?
Non. Une fenêtre alimentaire raisonnable — par exemple ne pas grignoter après le souper et déjeuner le lendemain matin — convient à certaines personnes et peut simplement les aider à réduire les apports du soir. Ce que je déconseille, ce sont les versions extrêmes : 20 heures de jeûne, journées complètes sans manger, ou jeûne imposé à une personne qui a des antécédents de troubles alimentaires, qui est enceinte, qui allaite, qui est diabétique ou qui prend une médication liée aux repas.
Si vous vivez déjà des rages le soir, c'est le signal que la formule actuelle ne fonctionne pas pour vous — et qu'il faut la changer, pas la serrer davantage.
Questions fréquentes
Le jeûne intermittent fait-il perdre du poids plus vite qu'une alimentation équilibrée ?
Non. À apport calorique comparable, les études ne montrent pas d'avantage clair du jeûne intermittent sur une alimentation équilibrée répartie sur la journée. Ce qui compte, c'est ce que vous pouvez maintenir sans vous priver au point de compenser le soir.
Pourquoi ai-je des rages de nourriture le soir quand je jeûne ?
Parce que la faim accumulée sur toute une journée ne disparaît pas : elle se reporte. Le soir, l'appétit devient très difficile à réguler, et on mange plus vite et plus qu'on ne le souhaitait.
Qu'est-ce que le mode survie ?
Après de longues heures sans manger, le corps interprète la situation comme une rareté alimentaire : il tend à stocker davantage au repas suivant et l'appétit augmente. La perte de poids devient alors plus difficile, pas plus facile.
Qui devrait éviter le jeûne intermittent ?
Les personnes ayant des antécédents de troubles des conduites alimentaires, les femmes enceintes ou qui allaitent, les personnes diabétiques ou prenant une médication liée aux repas, et les adolescents. En cas de doute, parlez-en à votre médecin.
Que faire à la place pour perdre du poids durablement ?
Trois repas répartis sur la journée, des aliments riches en fibres et en eau, une source de protéines à chaque repas, moins d'ultra-transformés, et de l'activité physique incluant du renforcement musculaire. C'est moins spectaculaire, mais ça tient dans le temps.
Références
- Intermittent fasting and weight loss: systematic review. Canadian Family Physician. 2020.
- Effect of Time-Restricted Eating on Weight Loss (TREAT randomized clinical trial). JAMA Internal Medicine. 2020.
- Calorie Restriction with or without Time-Restricted Eating in Weight Loss. New England Journal of Medicine. 2022.
À propos de l'auteure
Juliana Dosy, maître en sciences de la nutrition avec plus de 17 ans d'expérience clinique, fondatrice de Club NutriChoix. Elle accompagne les femmes vivant avec des déséquilibres hormonaux — fibromes utérins, endométriose, SOPK — en alliant santé intestinale, équilibre des œstrogènes et alimentation anti-inflammatoire fondée sur la science.
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